Sénégal : l’huile d’arachide bondit à l’export, un signal fort pour la transformation locale

Sénégal

Le Sénégal semble amorcer un changement de modèle dans sa filière arachidière. En 2025, le pays a exporté 22 441 tonnes d’huile brute d’arachide, contre seulement 5 997 tonnes un an plus tôt, soit une progression de près de 300 %. Avec 20,52 milliards de francs CFA de recettes, la performance constitue le niveau le plus élevé depuis plusieurs années, même si elle reste très éloignée du record de 62 846 tonnes enregistré en 2019.

Cette forte progression traduit surtout un changement d’orientation dans la gestion de la filière : le Sénégal cherche désormais à privilégier la transformation locale de l’arachide plutôt que l’exportation de la matière première. Le contraste est particulièrement révélateur. Les exportations d’arachides non grillées sont tombées à 1 393 tonnes en 2025, contre 65 308 tonnes en 2024. Cette inversion coïncide avec la décision prise par les autorités de suspendre temporairement les exportations de graines afin de sécuriser l’approvisionnement des huileries nationales.

Transformer localement l’arachide signifie conserver au Sénégal une part plus importante de la valeur créée, stimuler l’activité industrielle, développer les compétences techniques et générer des emplois dans les territoires agricoles. La relance des unités de la Sonacos à Ziguinchor et Louga, ainsi que les nouveaux projets industriels annoncés, renforcent cette dynamique.

Pour le développement du pays, l’impact potentiel est considérable. Une industrie oléagineuse plus performante peut réduire la dépendance aux importations de produits alimentaires transformés, élargir les recettes d’exportation et créer des débouchés plus rémunérateurs pour les producteurs.

Mais le véritable défi sera de transformer cette embellie statistique en dynamique durable. Cela suppose des investissements industriels, un approvisionnement régulier des usines, des prix suffisamment rémunérateurs pour les agriculteurs et une stratégie d’exportation compétitive. Si ces conditions sont réunies, l’arachide pourrait redevenir non seulement une culture d’exportation, mais surtout un véritable levier d’industrialisation et de souveraineté économique pour le Sénégal.

Bob Aklesso

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