« Plus de pillage. » En trois mots, António Guterres place le débat africain sur un terrain que les discours économiques évitent encore souvent : celui de la valeur. À New York, devant des dirigeants politiques et économiques réunis pour Unstoppable Africa 2026, le secrétaire général de l’ONU pose une question qui touche au cœur du rapport entre l’Afrique et l’économie mondiale : qui profitera réellement de la richesse produite sur le continent ?
L’enjeu dépasse les statistiques. L’Afrique détient près de 30 % des ressources minérales mondiales, un immense potentiel solaire et une population active en forte progression. Pourtant, une large partie de ses matières premières continue de partir à l’étranger avant de revenir sous forme de produits transformés, souvent plus coûteux.
Le message de Guterres prend alors une portée politique. « Faire des affaires avec l’Afrique » suppose davantage que la multiplication des investissements. Cela implique des usines, des infrastructures, des compétences, des chaînes de transformation et des emplois installés sur le continent. La richesse africaine doit pouvoir circuler davantage dans les économies africaines.
Cette orientation rejoint une dynamique déjà visible. Le Kenya mise sur les énergies renouvelables. Le Maroc développe ses infrastructures énergétiques. La Tunisie avance dans les technologies numériques. Le Rwanda teste de nouveaux usages des drones. Le Nigeria, le Sénégal et l’Afrique du Sud imposent leurs industries culturelles sur les marchés internationaux. La ZLECAf ouvre, elle aussi, un espace commercial continental appelé à modifier progressivement les rapports économiques.
Mais la question du financement reste centrale. Guterres cible directement une architecture financière internationale qu’il juge conçue par les puissances riches et au bénéfice des puissances riches. Derrière cette critique se trouve une revendication plus large : l’Afrique veut davantage de capacité pour financer elle-même son industrialisation et négocier ses propres conditions de développement.
Le secrétaire général relie enfin économie et pouvoir politique. Sa demande de sièges permanents africains au Conseil de sécurité traduit cette même logique : une Afrique capable de produire, transformer et financer davantage ses richesses entend aussi peser davantage sur les règles internationales.
Le changement de langage est donc révélateur. Le continent n’a plus seulement besoin d’être présenté comme une promesse. Il cherche désormais à devenir un espace où la valeur reste, se transforme et se capitalise. C’est là que commence la véritable bataille pour la souveraineté économique africaine.
