Le chiffre a quelque chose de brutal : en 2025, l’Afrique ne représente que 2,8 % du commerce mondial des marchandises. Trente ans après la création de l’OMC, la part du continent a même reculé depuis les 5 % enregistrés en 1994. Dans le même temps, la contribution africaine à la valeur ajoutée manufacturière mondiale reste sous la barre des 2 %.
Le constat donne une profondeur particulière au débat sur la ZLECAf. L’intégration commerciale avance sur le plan institutionnel, avec un marché continental conçu pour réduire la fragmentation et stimuler les échanges intra-africains. Pourtant, la structure productive du continent conserve une forte dépendance aux matières premières et aux produits faiblement transformés. La CEA pose ainsi une question centrale : la libéralisation commerciale suffit-elle lorsque les capacités industrielles restent limitées ?
La réponse touche directement à la souveraineté économique. Un continent peut multiplier les accords, harmoniser certaines règles et faciliter les échanges tout en conservant une position secondaire dans les chaînes de valeur. La véritable bataille se situe alors dans les usines, les infrastructures logistiques, les corridors commerciaux, l’énergie, le financement et la transformation locale des ressources.
Les chiffres de l’OMC montrent pourtant une marge de progression. En 2026, les importations africaines de marchandises devraient augmenter de 3,2 %, tandis que les exportations devraient progresser de 1,2 % selon les prévisions de mars. Le mouvement commercial existe. La question porte désormais sur sa composition et sur la capacité du continent à convertir cette dynamique en production, en emplois industriels et en valeur ajoutée.
Le World Trade Report 2026 replace aussi cette bataille dans un environnement mondial plus instable. L’OMC décrit un système commercial confronté à des tensions durables et estime qu’une coopération multilatérale renforcée pourrait accroître le PIB mondial de 2,9 % à long terme.
Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse donc la simple augmentation des exportations. Il concerne la capacité à peser dans les règles, à produire davantage de ce que le continent consomme et à transformer sur place une part croissante de ses richesses. La ZLECAf peut devenir l’un des instruments de cette transformation. Les 2,8 % rappellent surtout l’ampleur du chemin économique à parcourir.
