À Kinshasa, le climat entre dans une nouvelle séquence politique. La promulgation, de l’Ordonnance-loi portant régime juridique du marché du carbone place la République démocratique du Congo face à un enjeu majeur : transformer son immense capital écologique en instrument de souveraineté, d’investissement et de puissance économique.
Sous l’impulsion du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le pouvoir congolais cherche ainsi à donner une architecture nationale à un secteur longtemps exposé aux logiques extérieures. Le message politique apparaît clair : les forêts, les terres et le potentiel climatique de la RDC doivent produire de la valeur pour le pays et pour les communautés qui vivent au contact de ces ressources.
La réforme, portée par la ministre de l’Environnement Marie Nyange Ndambo et adoptée par le Gouvernement le 28 août sous la conduite de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, introduit des règles précises sur tout le cycle des projets carbone. Développement, validation, autorisation, émission, suivi et transfert des résultats d’atténuation trouvent désormais leur place dans un dispositif national aligné sur l’article 6 de l’Accord de Paris.
Le futur Registre national du carbone constitue l’une des pièces maîtresses de cette stratégie. Il doit permettre à l’État de suivre les crédits, d’encadrer les transferts et de renforcer la traçabilité des opérations. Derrière cette mécanique administrative se joue une question politique essentielle : qui contrôle la valeur climatique produite sur le territoire congolais ?
La réponse passe aussi par les droits des communautés locales et des peuples autochtones pygmées, avec une attention portée au partage des bénéfices. Cette dimension donne à la réforme une portée sociale directe.
Avec cette ordonnance-loi, Kinshasa installe donc les fondations d’un marché carbone sous contrôle juridique congolais. Le statut de « pays-solution » prend ici une dimension concrète : celle d’un État qui cherche à faire de son rôle climatique un actif stratégique, capable d’attirer des capitaux tout en défendant ses intérêts nationaux.
Bob Aklesso
